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3 min de lecture

Nemesis — Isaac Asimov : Une idée intéressante, un récit sans âme ?

Ce n’est qu’une opinion, pas un fait. Chacun ses goûts, chacun ses expériences :)

Avant même d’avoir atteint la moitié du livre, j’avais déjà de sérieux doutes. Au vu du peu d’avancement de l’intrigue et du nombre de pages restantes, je pressentais une fin soit tirée par les cheveux, soit totalement précipitée.

Malheureusement, j’ai vu juste.

Pourtant le pitch de base est là. L’insouciance vis-à-vis de la Terre et de son destin, cachée derrière les compromis de gens dans une colonie spatiale isolée. La conquête spatiale à échelle réduite, sous les ambitions d’une seule personne avec sa version galactique d’une utopie sociale douteuse. J’ai aussi apprécié — même si ce n’est pas spécialement mis en avant — que l’ensemble des choix ne concernent qu’une très petite minorité, l’humanité entière étant mentionnée plutôt comme une tare par des gens déconnectés de la réalité.

Sur le papier, il y a de quoi faire.

Mais les personnages m’ont paru plats, manquant cruellement de consistance. Que ce soit à cause de leurs motivations floues ou de la lenteur du récit, je n’ai réussi à m’attacher à aucun d’entre eux.

Marlene Insigna est particulièrement décevante. Sa personnalité n’existe qu’à travers le regard des autres, focalisée sur son apparence ou le malaise que suscite son don de “lecture”. Ce talent est si exagéré qu’il perd toute crédibilité — un simple prétexte scénaristique pour forcer les confessions abruptes. Pour un personnage censé être central, elle manque de saveur.

Crile Fisher est sans doute le personnage le plus irritant. Il commençait pourtant bien : posé, détaché des enjeux principaux, humain. Puis son récit s’est éternisé sur des sujets insignifiants. Sa motivation émotionnelle était sans grand intérêt, sa conclusion inexistante. Il réussit l’exploit rare de passer de personnage central à une totale inutilité en l’espace de cinq pages. J’en ai presque ri nerveusement tant j’ai eu la sensation d’avoir perdu mon temps.

Janus Pitt, lui, était vraiment captivant. Son idéal utopique offrait des enjeux imprévisibles et passionnants. Hélas, il est sous-exploité et écarté bien trop vite. L’histoire aurait gagné en profondeur s’il était resté au premier plan. Dommage.

L’apparition tardive d’un nouveau personnage qui occupe soudainement le devant de la scène n’arrange rien : on n’a simplement pas le temps de s’intéresser à son sort.

Et puis il y a la solution à la problématique de base du livre, elle aussi bâclée. Ce n’est pas la technique en elle-même qui pose problème, mais la façon dont elle est amenée — bien trop brièvement. J’aurais préféré que tout le cheminement vers cette solution soit lié de manière flagrante avec l’intelligence sur Némésis. Car cette intelligence, justement, a un rôle sans grand intérêt dans l’histoire. Un gâchis de plus.

Le style d’écriture reste agréable et fluide, même si les explications sur les mécaniques orbitales peuvent parfois sembler ardues. Mais entre une fin bâclée, une solution expédiée et des personnages gâchés, il m’est difficile de dire que j’ai apprécié cette lecture.

Tout le mystère entourant la planète Némésis semble presque accessoire. Le livre aurait sans doute été plus réussi s’il s’était concentré sur la dimension politique et sociale de la conquête spatiale — ce qui semblait être sa vraie force — plutôt que sur ses éléments de pure science-fiction, qui peinent ici à convaincre.

J’ai lu qu’Asimov subissait une forte pression de ses éditeurs à cette période. Ce livre ne reflète sans doute pas son véritable talent.

Une mauvaise pioche ?