
J’ai de moins en moins de patience pour les jeux qui racontent leur histoire en miettes — indices éparpillés sur des bouts de papier, symboles cryptiques sur les murs, sens caché derrière chaque recoin. J’aime quand le récit est clair, qu’on me prenne un peu par la main et que mon temps soit respecté.
Silent Hill 2 fait exactement l’inverse.
Pourtant, les qualités sont là. L’atmosphère est prenante, la musique magnifique, les graphismes superbes. Et surtout James — un personnage vraiment extraordinaire qui détonne complètement par rapport aux héros classiques du jeu vidéo. Pas d’excès. Il fait adulte, humain. Il porte ses fautes et leurs conséquences dans une sorte de déni qui le rend très crédible. Son look commun, sa retenue et un doublage absolument parfait lui donnent une dimension très humaine, presque en dehors des codes du jeu vidéo. Je l’ai trouvé attachant et distant à la fois.
Maria est tout aussi réussie. Son rôle est beaucoup plus mesuré, mais j’adore ce qu’elle représente : une projection torturée de James, entre désir et culpabilité — du moins c’est ce que j’ai compris, ou voulu comprendre. Et puis il y a Silent Hill elle-même — le fonctionnement de la ville, ce qu’elle a à offrir en termes de perspective et de développement de personnages, est fascinant.
Mais c’est là toute ma frustration. Le jeu avait une base qui me parlait énormément, proche d’un roman, et il s’enferme dans du cryptique un peu daté. Ce n’est pas seulement une question de documents à trouver — c’est toute une posture que le jeu exige. Il faut constamment prendre du recul sur ce qu’il se passe, interpréter, douter. Et ne jamais vraiment être sûr d’avoir tout saisi. Cette incertitude permanente, ce sentiment de peut-être passer à côté de quelque chose — c’est démotivant.
C’est d’autant plus frustrant que, si l’on se prête au jeu de la réflexion, on réalise que l’histoire ne raconte pas grand-chose, et étale principalement un état psychologique et des enjeux assez prévisibles.
Le gameplay n’arrange pas les choses. Le bestiaire est limité, la structure se répète et le rythme s’étire trop. Une intrigue aussi brève aurait mérité quelque chose de plus condensé.
Silent Hill 2 se veut très sérieux, mais son fond m’a semblé creux au regard des thèmes qu’il aborde. Ce n’est pas un mauvais jeu, loin de là, mais j’en attendais beaucoup plus. Il m’a paru très long et trop lent. N’étant pas attaché à l’original, je l’ai abordé sans nostalgie — et peut-être que ça change tout. Avec le recul, je crois que son réalisme, finalement sous-utilisé, a joué en sa défaveur.
Oui, je sais, je suis dur 😉